Oxfam in West Africa
Loading images...

« Ma terre, ma vie », clament les Femmes Rurales de l’Afrique de l’Ouest

March 8th, 2016 Posted in Accaparement des Terres, Agriculture, Burkina Faso, Campagne CULTIVONS, Cote d'Ivoire, Ghana, Guinea, Liberia, Mali, Mauritanie, Niger, Senegal, Sierra Leone, Tchad

Communique de presse

12806013_795640953875511_2851078361551921075_nLe 8 mars 2012, le thème de la journée internationale de la femme était dédié à autonomiser les femmes rurales pour éradiquer la faim et la pauvreté. Quelques années plus tard, force est de constater que les défis à relever demeurent importants et particulièrement sur l’enjeu du droit foncier. Ce 8 mars 2016 dont le thème choisi par les Nations Unies est « Planète 50-50 d’ici 2030 : franchissons le pas pour l’égalité des sexes » est donc une nouvelle occasion pour souligner le rôle indispensable des femmes dans l’atteinte des 17 Objectifs de Développement Durable,et plus spécifiquement pour la campagne CULTIVONS des deux premiers : pas de pauvreté et Faim Zéro.

Selon les experts, les femmes constituent plus de 60% de la main d’oeuvre agricole en Afrique sub-saharienne. Elles sont à l’origine de 60 à 80% de la production alimentaire du continent. Elles constituent près de la moitié de la main-d’oeuvre agricole et s’occupent de 80 à 90 % de la transformation, du stockage et du transport des aliments, ainsi que des travaux de sarclage et de désherbage. Malgré cet apport capital, seuls 15% des femmes agricultrices sont propriétaires de leur exploitation agricole, tandis que les femmes éleveuses qui gèrent quasi seules la production du lait et jouent un rôle très accru dans l’élevage des petits ruminants et de la volaille, ne connaissent pas ou peu de protection sécurisée des aires de pâturage.
Alors que les femmes rurales sont un puissant levier du développement agricole, leur potentiel est encore freiné par les disparités entre les hommes et les femmes.
« Si les agricultrices disposaient des mêmes facilités de production que leurs homologues masculins dans le monde, elles pourraient accroître leurs rendements agricoles de 20 à 30 % et contribuer à éviter à des millions de personnes de souffrir de la faim », commente Kafui KUWONU de WILDAF.
Qu’il s’agisse des Objectifs du Développement Durable à la Déclaration de Malabo en passant par ECOWAP, la terre a toujours été un enjeu pour les femmes rurales. La terre est un droit que leur reconnaissent les instruments juridiques auxquels les Etats ouest africains ont souscrits. Mais en pratique, la réalité est tout autre voire dramatique, notamment en termes de gestion inclusive ou d’accès équitable.

Pour Esther EKOUE d’OXFAM, « en Afrique de l’Ouest, du Nigéria en Mauritanie en passant par Ghana, Togo, Bénin, Mali, Burkina ou encore Sénégal, les femmes rurales rencontrent trois grands défis : l’équité dans l’accès à la terre, la sécurité de l’exploitation et des investissements par les femmes, et la protection et la préservation des droits fonciers des femmes ».
En outre, le manque d’accès sécurisé et adéquat des femmes à la terre, premières victimes des accaparements des terres et ressources naturelles, menace gravement la capacité des sociétés à relever dans leur ensemble les défis de systèmes agricoles et alimentaires durables aujourd’hui et demain : permettre au monde de se nourrir lui-même avec une alimentation saine et de haute qualité et diversité nutritionnelle, tout en contribuant à l’éradication de la pauvreté, à la préservation de la biodiversité et des ressources naturelles, à l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre et à l’adaptation au changement climatique dans un monde aux ressources naturelles limitées.

« Les femmes ne jouent pas seulement des rôles majeurs dans la production, la transformation ou la commercialisation de l’alimentation, en tant que détentrices des connaissances locales et traditionnelles dans la conservation des semences à la ferme et la gestion des ressources naturelles, elles jouent aussi un rôle crucial dans la transmission des connaissances traditionnelles auprès des générations futures. Pour toutes ces raisons, les femmes devraient être leaders dans les transitions vers des systèmes agricoles et alimentaires durables » explique Zakaria SAMBAKHE d’ACTIONAID.

Cheikh OMAR BA d’IPAR explique : « nos études montrent que dans certaines zones du Sénégal, des femmes connaissent bien les voies d’accès à la terre mais sont limitées par les pesanteurs socio-culturelles, par conséquent elles ne formulent pas de demandes d’obtention de terres auprès des instances compétentes. Au cas où elles formulent des demandes, seuls les dossiers collectifs sont acceptés avec un pourcentage très faible dans la plus part des cas. Puisque les femmes sont faiblement représentées dans les instances locales de décision, elles sont donc doublement désavantagées. »

Ainsi les femmes rurales se battent-elles toujours pour accéder aux terres et aux instances de décision. Elles se lèvent encore aujourd’hui pour demander aux décideurs politiques de l’Afrique de l’Ouest de passer des paroles aux actes. Droit direct à la propriété foncière, pouvoir de décision de l’usage des terres, protection contre les accaparements sont autant d’enjeux sensibles qui demandent des réformes importantes dans le droit foncier au niveau régional et dans chacun des pays de l’AFO. De même qu’il est clé de sensibiliser le milieu rural aux lois adoptées sur le foncier, et surtout les hommes aux dispositions en faveur des femmes, et d’appliquer sur tout le territoire lesdites lois. Il est tout aussi fondamental d’établir des comités locaux d’arbitrage sur le foncier et de veiller à une composition équilibrée desdits comités avec… des femmes. . A quand des dispositions nationales appropriées sur l’accès des femmes au foncier ? A quand une directive régionale sur le foncier en AFO garantissant les droits des femmes ?

« Par ailleurs avoir accès à la terre pour les femmes n’est pas suffisant si des financements publics ciblant les femmes rurales ne sont pas mis à disposition ou si l’accès au crédit pour les femmes n’est pas facilité », déclare Oulie KEITA de ONE.
Ainsi les femmes rurales se lèvent-elles dans toute la région ce 8 mars pour leurs droits fonciers. Niger, Mauritanie, Ghana et Burkina mobiliseront le 8 mars, tandis que d’autres pays s’animeront plus tard comme au Nigéria, Mali, Bénin et Sénégal, où culminera la caravane ouest-africaine des convergences pour la terre, l’eau et les semences. « Au-delà de l’aspect mobilisation, la caravane est un trait d’union entre divers acteurs engagés dans la lutte pour l’équité, l’égalité de genre, la transparence et la justice dans l’accès à la terre. Des messages communs seront synthétisés dans un livre vert qui sera remis au Président Macky SALL en sa qualité de président en exercice de la CEDEAO », précise Mohamed KANOUTE de CICODEV.

En Afrique de l’Ouest, combler le fossé des inégalités hommes/femmes dans le foncier en impulsant des réformes favorables à l’autonomisation des agricultrices et éleveuses revient à gravir la première marche de la longue ascension de l’autonomisation des femmes… qui doit aussi questionner la quasi absence des femmes rurales dans les administrations, postes clés, lieux de décision et/ou mécanismes de règlement de litige relatifs au foncier ! « C’est pour cela que les femmes rurales se lèvent aujourd’hui et demain pour faire entendre leur revendication #MaTerreMaVie et interpeller les décideurs politiques de la région pour passer à l’action ! » conclut Imma DE MIGUEL pour OXFAM.

Contacts presse #MaTerreMaVie
Esther EKOUE pour OXFAM, eekoue@OxfamAmerica.org, +221 771668448
Imma DE MIGUEL pour OXFAM, idemiguel@oxfamintermon.org +229 97076727
Kafui pour WILDAF, wildaf@wildaf-ao.org
Oulie KEITA pour ONE, oulie.keita@one.org, +221 772725666
Zakaria SAMBAKHE pour ACTIONAID, Zakaria.Sambakhe@actionaid.org, +221 775575001
Mohamed KANOUTE pour CICODEV, mohamed.kanoute@cicodev.org, +221 774473861
Chérif SAMBOU BODIAN pour IPAR +221 775525244 cherif.bodian@ipar.sn

Post a Comment