Oxfam in West Africa
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Du global au local : Un plaidoyer dynamique pour faire des réserves alimentaires un levier de la sécurité alimentaire

May 9th, 2014 Posted in Accaparement des Terres, Agriculture, Français
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credit-Aissatou Sall, Oxfam

Pour faire face à la volatilité croissante des prix des produits alimentaires observée depuis la crise mondiale de 2008, Oxfam interpelle, en juin 2011, les ministres de l’Agriculture du G-20 à reconsidérer leur position sur la constitution de réserves alimentaires, afin que les nombreux pays vulnérables, en Afrique de l’Ouest notamment, puissent mettre en œuvre des politiques pour y faire face.

Résultat ? Le 23 juin 2011, les ministres de l’Agriculture du G20 déclarent qu’ils vont soutenir « l’élaboration d’une proposition de système ciblé de réserves alimentaires humanitaires d’urgence complémentaire aux réserves alimentaires régionales et nationales existantes ».

Pendant la crise alimentaire de 2012 au Sahel, Oxfam s’engage dans un plaidoyer actif pour demander à l’ensemble des acteurs d’investir dans des interventions à long terme visant à réduire la vulnérabilité chronique des populations de la région face à ces crises récurrentes. La campagne CULTIVONS demande ainsi aux gouvernements d’Afrique de l’Ouest, à la CEDEAO et aux bailleurs de fonds de développer et de mettre en œuvre un système de réserves alimentaires aux niveaux local, national et régional.

Pour influencer ce processus, Oxfam et les Organisations paysannes et pastorales (APESS, RBM, ROPPA) de la région ont participé ensemble à toutes les réunions techniques de la CEDEAO pour l’élaboration de la stratégie régionale. Les messages et les positions, définis ensemble au sein de la campagne, ont insisté sur l’appui aux stocks de proximité, à l’aliment bétail et à l’achat aux petits producteurs.

Résultat ? La stratégie régionale de réserve alimentaire régionale a été adoptée par les Ministres en charge de l’Agriculture et de l’Alimentation de la CEDEAO en septembre 2012 et soutenue par les Partenaires Techniques et Financiers de la région. Approuvée par les Chefs d’Etats, elle doit commencer à être mise en œuvre en 2014.

Et concrètement au niveau local ?? Les stocks alimentaires de proximité font partie de cette stratégie : Soutenu par les bailleurs de fonds, il est prévu dès 2014 le financement de la cartographie des réserves locales existantes, la formation d’un réseau de fédérations, le soutien aux fédérations constituées et la réalisation d’infrastructures.

Du global au local tout ce travail de plaidoyer sur les réserves alimentaires mené par différents affiliés de Oxfam n’aurait pu porter ses fruits sans s’appuyer sur une série de recherches solides.

 

Les différentes publications qui ont soutenu ce travail sont :

L’urgence de réserves alimentaires pour renforcer la résilience et prévenir les crises alimentaires en Afrique de l’Ouest (note de lobby non publiée)

A la croisée des activités de campagnes, des programmes sur les moyens d’existence et des réponses humanitaires, le travail sur les réserves alimentaires de proximité constitue ainsi pour Oxfam une opportunité concrète pour fédérer toutes les énergies autour d’un objectif commun.

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Du global au local : Un plaidoyer dynamique pour faire des réserves alimentaires un levier de la sécurité alimentaire

En novembre 2011, les résultats provisoires de la campagne agricole montraient un fort déficit de productions céréalières, qui s’est confirmé et a contribué à plonger le Sahel dans sa 4ème crise alimentaire en l’espace de 10 ans. C’en était trop de voir les populations continuer de souffrir de la faim, dont les causes structurelles sont jusqu’ici trop insuffisamment traitées. Les réponses aux crises alimentaires successives ne permettaient que de s’attaquer aux symptômes visibles de la malnutrition et de la faim, sans mettre en place une réflexion suffisante sur la prévention des crises. Oxfam s’est engagé dans un plaidoyer fort articulé à tous les niveaux pour soutenir la mise en place de réserves alimentaires capables de lutter contre les crises alimentaires et de construire la résilience. Un plaidoyer qui est soutenu par une série de recherches à ces différents niveaux.

La crise de 2012 au Sahel avait des soubassements d’un marché qui ne fonctionnait pas (voir la note Les marchés sahéliens sous haute tension ). En effet, la situation était d’autant plus difficile que les familles pauvres du Sahel  continuaient de vivre les effets de la flambée des prix des denrées alimentaires de 2007/08. Dans le prolongement des apprentissages de la flambée des prix de 2007/2008 qui a conduit en 2009 à atteindre le chiffre honteux de 1 milliard de personnes souffrant de la faim, la réserve alimentaire a été considérée comme une solution.

Oxfam avec ses alliés de la campagne CULTIVONS en Afrique de l’Ouest a soutenu la mise en place d’une réserve régionale alimentaire pour s’inscrire dans la relance de la politique agricole signée en 2005.

Ce processus d’engagement sur les réserves alimentaires est soutenu à tous les niveaux. Critiquées par certains et notamment les penseurs du libre marché qui mettent en relief les couts financiers, Oxfam a publié au niveau global une note d’information intitulée : « Se préparer aux vaches maigres : les raisons pour lesquelles le G20 doit maintenir les stocks régulateurs à l’ordre du jour ». Cette note explique que les coûts humains, politiques et économiques liés au fait de ne pas avoir de réserve de nourriture sont encore plus élevés Le rapport d’Oxfam réaffirme qu’une chute des stocks mondiaux de céréales de 15 à 20%  entraine une forte augmentation des prix avec des conséquences pour les marchés et les hommes. Oxfam interpelle les ministres de l’Agriculture du G20 à reconsidérer leur position sur la constitution de réserves alimentaires, afin que les nombreux pays vulnérables, en Afrique de l’ouest, puissent mettre en œuvre des politiques pour mieux gérer la volatilité des prix des produits alimentaires.

Le 23 juin 2011 les ministres de l’agriculture du G20 réunis à Paris déclarent qu’ils vont soutenir « l’élaboration d’une proposition de système ciblé de réserves alimentaires humanitaires d’urgence complémentaires aux réserves alimentaires régionales et nationales existantes » dont l’étude de faisabilité allait être confiée au Programme Alimentaire Mondial. En septembre 2011, un projet pilote de 5 ans appelé PREPARE (Pre-Positioning for Predictable Access and Resilience) est développé avec comme objectifs de fournir un accès rapide à des vivres pour les zones déficitaires à travers l’assistance ciblée telle que les filets sociaux et de renforcer la résilience nationale et régionale. Il allait coûter initialement 44,3 millions de dollars avec des coûts récurrents annuels de 16,6 millions de dollars.

Dans un souci d’articuler les messages entre les niveaux global et national, la campagne CULTIVONS s’est engagée en Afrique de l’Ouest à interpeller les gouvernements ouest africains et la CEDEAO en leur demandant 1) d’assurer le leadership sur la réserve alimentaire 2) de renforcer la réserve alimentaire régionale pour permettre de soutenir le fonctionnement des réserves locales et nationales, 3) d’intégrer dans les réserves alimentaires l’aliment de bétail, 4) d’assurer la participation des Organisations de la Société Civile au processus de mise en œuvre et à la gouvernance et 5) d’assurer que les Etats contribuent au financement de la mise en œuvre de la réserve régionale.

Au G20 Oxfam a demandé de respecter les principes de la Déclaration de Paris et s’aligner sur la stratégie de réserve régionale de la CEDEAO et de fournir un appui technique et financier pour la création et la gestion de réserves alimentaires aux niveaux local, national et régional afin de limiter les hausses de prix ; et dans le cadre d’une stratégie plus large, d’améliorer la sécurité alimentaire nationale.

Par la suite, la première réunion technique sur la réserve alimentaire régionale a été convoquée les 3, 4 et 5 octobre 2011 et les organisations d’agriculteurs et de pasteurs, notamment Bilital Marobé et le ROPPA, ainsi que Oxfam y ont pris part et ont accueilli favorablement l’engagement de la CEDEAO à prendre le leadership politique pour la mise en œuvre d’une réserve alimentaire. Par ailleurs nous avons encouragé la CEDEAO à mettre en œuvre une réserve alimentaire qui privilégie les achats locaux aux petits producteurs afin de booster l’agriculture familiale et en même temps d’augmenter les investissements dans l’agriculture durable et dans les petits producteurs et les pasteurs afin de soutenir la constitution de réserves alimentaires à tous les niveaux. Oxfam a participé à toutes les réunions techniques pour s’assurer d’un appui aux réserves alimentaires de proximité et l’aliment de bétail et d’assurer leur articulation avec les niveaux national et régional.

Oxfam s’était ainsi engagé à apporter sa contribution sur les réserves de proximité qui visent tous à éviter le bradage des productions après les récoltes et à sécuriser l’accès et la disponibilité des stocks au cours de la période de soudure en tenant un inventaire des stocks immédiatement disponibles qui peuvent être vendus à la communauté à des taux inférieurs aux prix du marché. Ils sont ainsi utiles pour la sécurité alimentaire et contribuent à la résilience des populations face aux crises alimentaires.

La participation est soutenue par l’utilisation de la recherche pour alimenter nos contributions et nos messages. Un travail inter affiliés a ainsi permis d’assurer cet engagement. En 2012, Intermon publie un rapport intitulé « Première ligne de défense : Évaluation du potentiel des stocks de proximité dans le Sahel ». Ce rapport a été présenté à la CEDEAO et aux acteurs de la société civile actifs sur la question en marge de la réunion du Comité Mondial sur la Sécurité Alimentaire d’Octobre 2012 à Rome. L’objectif de ce rapport était d’examiner comment les stocks de proximité peuvent contribuer à la sécurité alimentaire, d’analyser la vulnérabilité des stocks de proximité face aux risques de prix et climat ainsi que les défis liés à la promotion, planification et conception des stocks et de conclure sur les facteurs et les conditions nécessaires pour créer un environnement propice à un fonctionnement efficace des réserves.

Ce travail de recherche s’est poursuivi avec une cartographie des stocks de proximité effectué par la campagne régionale dans les pays suivants : Burkina Faso, Mauritanie, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal et Tchad (voir site http://foodreserves.org/cartes-stocks/).

En septembre 2012 la stratégie régionale de sécurité alimentaire constituée de stocks physiques (1/3) et financiers (2/3) a été adoptée par les Ministres en charge de l’Agriculture et de l’Alimentation de la CEDEAO. Les coûts liés à l’intervention de la réserves pour l’ensemble des huit ans s’élèvent à 747 millions de dollars (hypothèse de mobilisation des réserves financières et physiques à hauteur de 75 chaque année).

Approuvée par les Chefs d’Etats et soutenue par les Partenaires Techniques et Financiers de la région, elle devrait commencer à être mise en œuvre en 2014 avec des financements déjà disponibles (24 millions de dollars en ressources propres et 56 millions d’euros du FED). Les stocks alimentaires de proximité[i] font partie de cette stratégie et bénéficient de financements pour effectuer la cartographie, former un réseau de fédérations, soutenir les fédérations constituées et réaliser des infrastructures.

L’expertise technique et de plaidoyer développée sur les réserves alimentaires de proximité place Oxfam comme un acteur important dans le débat sur la question en Afrique de l’Ouest. Ainsi les pays devraient s’investir dans les réserves alimentaires qui constituent une parfaite occasion de construire l’articulation entre les programmes et le plaidoyer. Car à la croisée des activités de campagnes, des programmes sur les moyens d’existence et des réponses humanitaires, le travail sur les réserves alimentaires de proximité constitue ainsi pour Oxfam une opportunité concrète pour fédérer toutes les énergies autour d’un objectif commun.

Nous pensons que cet instrument des réserves alimentaires devrait permettre de lutter plus efficacement contre les crises alimentaires, prévenir et atténuer dans une certaine mesure les chocs extérieurs liés à la volatilité des marchés internationaux et domestiques.

Cependant, les réserves alimentaires seules ne suffisent pas pour s’attaquer aux crises alimentaires et doivent être combinées à d’autres instruments capables de construire la résilience des populations, de protéger et de renforcer leurs moyens d’existence. Ce qui doit passer par un investissement en qualité et en quantité sur le long terme dans l’agriculture qui intègre la protection sociale.

 



[i] 70% des ressources seront consacrées aux stocks nationaux et de proximité.

 

Al Hassan Cisse
Oxfam International Regional Food Security Advocacy Coordinator
Based in Oxfam GB – West Africa regional Center

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