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Désormais, nous mangeons à notre faim

June 26th, 2012 Posted in Agriculture, Français, Mali

Par Habibatou Gologo, Media Officer Mali

Sur la route de Mello, à quelque 70 kilomètres de Kayes, le paysage reflète la crise. A part çà et là quelques baobabs dégarnis, on croise quelques chevaux et des ânes efflanqués de même que de rares troupeaux de bovins et d’ovins.

 Mello est un village essentiellement habité par des Peulhs qui pratiquent l’agriculture, l’élevage et la pêche dans le lac Magui voisin. C’est dans ce village de la commune de Sero Diamanou que, pour la deuxième fois, des bons d’achats du programme d’urgence sont distribués à 192 familles, ce mercredi 6 juin 2012.

 Ici, le plat principal, le « demba guerté », est à base d’arachide, de riz et de menu fretin. Pêché dans le lac, le poisson est séché et réduit en poudre pour accompagner les mets. Penda Sira Sow  bénéficiaire des bons d’achat est  justement,  en train de préparer dans sa cour, ce mets dont les ingrédients lui proviennent des bons. La soixantaine bien sonnée Penda est handicapée par un mal de dos qui l’empêche de s’occuper de son champ depuis un an. Veuve et mère de cinq enfants – 2 garçons et 3 filles -, elle assure que cette année est bien pire que celle qui précède avec moins de trois repas par jour, au point de lui procurer des insomnies. 

« Nous n’avions rien dans le ventre. Désormais, avec les bons, j’achète ce que je veux. La dernière fois, j’ai pris de l’huile, du riz, du savon et des cubes. Cette fois-ci, je compte prendre du mil et du sucre. Comme moi, beaucoup souffraient à Mello ».  

Fatoumata Tall, arrière grand-mère de 60 ans, a 6 enfants – 4 filles et 2 garçons -, à l’heure actuelle, elle vit avec trois de ses filles et leurs enfants. Elle raconte que son époux, âgé et pratiquement aveugle, ne lui est d’aucun secours. En général, explique-t-elle, c’est aidée par l’une de ses filles qu’elle cultive un champ d’arachide dont la récolte sert à la consommation de la famille  et dont elle conserve des semences.

Fatoumata Tall 60 ans beneficiaire du programme

 « J’ai semé, il n’a pas plu. Avec son champ de mil, mon fils a rencontré les mêmes difficultés. Sans eau, rien n’a poussé. C’est pourquoi la première distribution des bons d’achat est arrivée au bon moment. Ils nous ont permis d’acheter du mil, du riz, de l’arachide et de l’huile. Aussi, dès que nous avons eu vent de la deuxième distribution, nous sommes tous accourus. Certains ne consommaient plus de riz ni d’huile et pouvaient passer une semaine sans préparer de dîner. Aujourd’hui, Dieu merci, ça va mieux », dit-elle.

 Salif Korera, un commerçant de Mello impliqué dans le programme de sécurité alimentaire confirme que dès la réception des bons, les bénéficiaires ont afflué chez lui, ce mercredi 6 juin 2012.

« Ce matin, avant la distribution des bons, j’avais en stock une tonne et demie de riz, il ne me reste que 25 kilogrammes. J’ai aussi vendu une tonne de mil et sur 5 bidons d’huile de 20 litres chacun, il ne me reste que 2 », raconte le commerçant qui compte aussitôt renouveler son stock.

Effectivement, deux heures après le début de la distribution, son magasin est quasiment vide. Au même moment passe Fatoumata Tall, elle n’a besoin que d’huile et de bouillons, aussi Salif Korera lui rend la monnaie du bon d’achat d’une valeur de 1.000 francs CFA qu’elle lui tend. Avec ces pièces, elle achètera du poisson et des légumes pour compléter ses condiments pour le déjeuner.

 « A cause de la pauvreté la consommation de feuilles de nénuphar que nous cueillons sur le lac Magui a beaucoup augmenté. Par manque de pâturage, nous avons dû envoyer le bétail en transhumance à Kita, Manantali et Kienéba. Si ce programme n’avait pas commencé, il y aurait eu davantage d’exode. Moi-même, je serais parti »  dit, l’air préoccupé, Alpha Hassan Korera, chef du village de Mello.

 Désormais satisfait, Alpha indique que le projet a contribué au retour de quelques villageois chassés par la faim vers Keniéba, Diéma, Kayes, Bamako et même Kidira (Sénégal). Car, explique-t-il, « normalement, dans notre commune, Mello est le village le plus peuplé, mais la population a été réduite au tiers ». Il conclut en plaidant pour le prolongement du programme pour que les habitants de Mello ne partent plus.

 

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