Première semaine de retour en Haïti, par Sam Dixon.
Samedi 27 novembre – 20h
Sam Dixon est Oficiel de Surveillance, d´Evaluation et de la Sécurité Alimentaire pour Oxfam, à Haiti.
Verrouillez! C’est ce qu’il pouvait se lire sur la porte d’une des maisons d’OXFAM à Port-au-Prince où je suis resté confiné pendant les quarante heures qui ont suivi. Demain, ce sera le premier tour des élections présidentielles à Haïti et personne ne sait ce qui va se passer. Il y a dix-neuf candidats dont les affiches, certaines blanchies par le soleil, d’autres récemment collées sur des murs, des poteaux de lignes téléphoniques et des maisons, ornent les coins même les plus obscures de la ville. La situation politique est assez tendue, ici. Il y a eu des manifestations, des pneus brûlés, et même des coups de feu la semaine dernière. Tout le monde espère que les élections de demain se dérouleront sans incident.
Je suis arrivé à Haïti il y a une semaine et demi. C’est mon premier voyage à Haïti depuis le séisme du 12 janvier. Beaucoup de choses ont changé et beaucoup de chose sont restées les mêmes. Sur le trajet, depuis l’aéroport, on pouvait apercevoir des milliers de tentes, érigées par-ci par là sans réelle organisation parfois dans les endroits les plus improbables. Port-au-Prince est une ville construite sur une colline et beaucoup de gens ont été obligé de dresser leurs tentes sur les pentes. Je me demande d’ailleurs, comment ils arrivent à dormir dans une telle situation.
Même le jardin du ministère autrefois fois luxuriant est devenu la maison de quelques unes de ces milliers de personnes, toujours déplacées depuis le séisme. Sur les grilles qui entourent le jardin, quelqu’un a accroché une pancarte écrite à la main et disant « on a besoin d’eau, de nourriture et surtout d’aide ». La destruction physique pouvait se voir de partout et j’étais surpris –peut-être un peu naïvement- de voir des tas de décombres dans les rues, même un an après le séisme. Toutefois, la congestion terrible de la ville est toujours la même et c’est bon de revoir mes collègues haïtiens.
J’ai passé ma première semaine de travail ici, sur le terrain, à apprendre à connaître les programmes d’Oxfam. Ces visites sont la partie la plus intéressante du travail. C’est une chance de passer du temps avec les gens qui vivent dans les camps et dans les quartiers les plus pauvres de la ville.
Lundi j’ai visité Corail : un camp en dehors de la ville qui abrite plusieurs milliers de personnes. Apparemment, Corail souffrait au début d’une mauvaise organisation et d’un manque d’hygiène, mais maintenant il ressemble à une ville très bien organisée. Les tentes sont rangées de façon uniforme dans des blocs numérotés avec des espaces assez grands entre chaque tente. La police de l’ONU patrouille dans des camionnettes et Oxfam a installé des toilettes, des douches, et des points d’eau.
En parlant avec un jeune mécanicien qui s’appelle Pierre et qui vit avec son amante j’apprends qu’il a reçu un peu plus de $400 pour acheter des outils et remplacer ainsi les outils qu’il a perdus lors du séisme. Il est entrepreneur et m’avoue qu’il espère plus tard pouvoir développer son affaire et embaucher des employés mais que pour cela il aurait besoin de recevoir plus d’aide. Son histoire est semblable à beaucoup d’autres que j’ai entendues auparavant. Un an après le séisme les gens ont réussi à s’en sortir mais ce n’est pas encore cela.
Sur le chemin du retour la conversation tournait autour des élections. Dans un créole rapide et véhément mes collègues haïtiens discutaient des différents candidats et de l’avenir du pays. Demain les Haïtiens vont voter afin de choisir leur prochain chef. Pendant ce temps, la détention continue pour nous.
Lundi 29 novembre- ma journée
La détention est finie. Hier il y avait des manifestations de grande ampleur mais heureusement pas de violence. Assis dans la maison on entend seulement la cacophonie des manifestants qui passent devant la barrière. Toutefois, les élections étaient, elles-mêmes, embourbées dans des accusations de fraudes et des histoires de gens qui ne pouvaient pas voter. Douze des candidats ont condamné le gouvernement ainsi que le conseil électoral provisoire en demandant que les élections soient annulées et en appelant leurs partisans à protester.
