Ko-Kett Création, succès d’une femme
Mardi, quatre heures trente, les rayons du soleil sont encore bien vivant, le printemps ayant à peine jeté ses bases, Marie Kettelye Jovin Thalès en profite pour prolonger sa journée de travail à l’atelier Ko-Kett Creation qu’elle dirige depuis 1989.
- Kattelyn trevaille dans son atelier avec sa machine a coudre.
Dans la communauté de Carrefour Feuilles, banlieue située au Sud-ouest de la capitale haïtienne, elle s’est faite une réputation grâce à la qualité des vêtements et sousvêtements qu’elle produit avec une finesse à peine croyable tant les ressources sont limitées et les conditions de travail lamentables.
« Il y a eu un avant et un après douze janvier pour l’atelier Ko-Kett Création» raconte laconique Marie Kettelye, une chemise azure et marin dessiné à l’aide de la cire dans sa main droite.
En effet, après avoir lancé cet atelier de couture spécialisé dans la confection de sous-vêtements, sa sœur, elle, et ses deux employés étaient à même de produire plus de 2500 unités de sous-vêtements à femme où encore pour fillette aux périodes de croissance économique marquée par la rentrée scolaire ou les fêtes de fin d’année.
A partir de 1999, Marie Kettelye et ses douze employés ont élargie le cadre en inaugurant une section de confection de vêtements avant de rentrer dans la production artisanale en 2004. Des petits détaillants achètent la lingerie en gros alors que les vêtements et autres pièces artisanales dont sacs à main et chemises à teintures sont réservées pour les foires et les occasions spéciales.
Tout s’effondre
« Lors de cet après midi fatidique, j’étais à l’hôpital avec une tante », se souvient-elle encore. Quand elle a pu retrouver la rue qui logeait son atelier, elle mit du temps à identifier l’emplacement exact de celui-ci tellement les ruines de sa maison se confondaient avec les décombres de celles de ses voisins. Sous ces vestiges, elle avait une trentaine de machine à coudre dont vingt-cinq qui fonctionnaient régulièrement sans compter les nombreuses pièces qu’elle et ses employés ont méticuleusement confectionnées.
« Apres plusieurs jours, j’ai pu heureusement récupérer quelques machines à coudre en très mauvais état, mais à quoi me serviraient-elles n’ayant plus d’atelier et encore mois de ressources économiques pour relancer mes activités ? », se demandait-elle, dubitative face à cet avenir aussi incertain qu’effroyable.
Membre d’une organisation de femmes pour laquelle elle donnait des sessions de formation sur la coupe et la couture, Kettelie a été informée de l’existence d’un projet élaboré par l’organisation internationale Oxfam et ses partenaires respectifs. Il consistait à financer la relance et la création d’entreprises génératrice de revenu afin de recapitaliser les victimes du séisme dans les communes de Port-au-Prince, de Carrefour, de Delmas et de Croix des Bouquets.
« J’ai présenté mon projet et il a été validé. Avec la somme que j’ai reçu, j’ai réparé 50 % des machines que j’ai récupéré sous les décombres avant d’acheter des matériels tels que mannequins, tissus, tables, tiroirs, bref une bonne partie des éléments nécessaires pour relancer l’atelier », explique-t-elle tout en désignant des doigts chacun de ces nouveaux équipements.
Kettelye, une femme déterminée
Evoluer en Haïti dans le monde de la mode requiert de la force pour surmonter certaines difficultés, le marché est très ouvert aux produits étrangers, le pouvoir d’achat est faible et les gens accordent la priorité aux produits de premières nécessités. Cependant, malgré ce tableau, elle est parvenue à relancer ses activités en dépit du fait qu’elle a perdu beaucoup de clients.
Au four et au moulin, elle travaille sur l’élaboration de nouvelles stratégies pour se faire connaitre davantage dans le milieu. Déjà elle participe avec les produits de son atelier aux différentes manifestations et foires organisées dans les villes de province. Mais le fait d’être femme complique davantage sa situation. « N’ayant pas pu dépasser certains stéréotypes établis dans la société, certaines personnes mettent en doute mes capacités », affirme-t-elle avec une once d’ironie, « cela ne m’atteint pas. Je connais ce que je fais et j’aime ce que je fais », réplique-t-elle, confiante, rangeant sa paire de ciseaux dans un tiroir.
Les rayons du soleil disparaissent lentement à l’horizon pourtant le rêve de Kettelye consistant à renforcer la structure de son entreprise en vue d’offrir plus de service à la communauté reste bien éveillé. « Je multiplie mes contacts pour pouvoir obtenir des contrats plus intéressant notamment dans la confection des uniformes car nous avons le matériel et les ressources humaines pour offrir un travail de qualité et en quantité », assure-t-elle tout en renouvelant sa détermination de s’imposer sur le marché de la mode dans tous le pays.
